Témoignage : l'haptonomie pour accompagner une naissance à la maison
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Dès le moment où nous avons appris que nous étions enceintes,
Lien et moi avons énormément discuté de la manière
dont nous souhaitions que Myarn vienne au monde, et de la manière de
préparer cette naissance. Il était évident que nous voulions
un accouchement le plus doux et le plus tranquille possible, mais nous n'avons
pas franchi immédiatement le pas de l'accouchement à la maison.
A partir de 4-5 mois de grossesse, nous nous sommes rendus chaque semaine chez
Arielle, formidable haptonome qui nous a appris énormément sur
la façon de communiquer avec Myarn dans le ventre de sa maman. Au fil
des semaines, des discussions avec Arielle et avec d'autres familles ayant accueilli
leurs enfants à la maison (merci Eva et Steven, Angie et Lieven), nous
nous sommes rendus à l'évidence : ce que nous voulions au plus
profond de notre coeur c'était de rencontrer Myarn pour la première
fois à la maison, dans le calme, la chaleur et la tranquillité
de notre chez nous.
Une fois notre décision prise et annoncée fièrement à
nos familles (qui l'ont très bien accepté, contrairement au gynécologue
qui nous a presque insulté et traité d'irresponsables suicidaires
– mais cela ne vaut pas la peine de s'attarder sur lui...), nous avons
pris contact avec Mieke et Inneke, sage-femmes à la maison de naissance
(“Geboortehuis”) de Gand. Dès les premières rencontres
(qui se sont ensuite succédées toutes les semaines jusqu'à
la naissance), nous avons été impressionnés, parfois même
intimidés..., par leur professionalisme et leur sérieux, mais
aussi par leur chaleur humaine et l'intimité qu'elles ont immédiatement
créée avec nous.
En suivant les conseils de Arielle, nous avons créé avec Myarn
une communication unique, faite de gestes, de pressions et de mots de notre
part, de mouvements et de réactions de sa part. Nous sommes certains
que cette communication a joué un rôle essentiel dans sa naissance.
Myarn a même attendu le soir de ma dernière journée de travail
pour poindre le bout du nez, un peu comme si elle avait calqué son agenda
sur le nôtre pour être certaine que tout était prêt
pour l'accueillir.
Le 10 décembre dans la soirée, je n'étais pas encore de
retour à la maison et je profitais des dernières notes du concert
de Babylon Circus à Bruges lorsque Lien m'appelle. Elle vient de perdre
les eaux, ça y est, Myarn arrive. Le concert vient de se terminer, je
rentre en quatrième vitesse à la maison et Lien appelle Mieke,
la sage-femme, pour lui faire savoir où on en est. De retour à
la maison, je trouve Lien tranquillement assise sur un essuie. Selon Mieke,
les contractions devraient commencer entre maintenant et 24 heures. Il est minuit.
Après avoir encore un peu discuté et être passé chercher
du ravitaillement au night shop du coin (la nuit pourrait être longue...),
on décide de monter dans notre chambre pour nous reposer. Sur les premières
marches d'escalier, Lien ressent ses premières contractions. D'abord
comme un coup de poing dans le bas ventre, et puis des contractions assez espacées.
On s'installe dans notre chambre, et tout commence à aller très
vite. En quelques dizaines de minutes, les contractions s'accélèrent,
on en est déjà à des contractions presque toutes les deux
minutes.
On se décide à rappeler Mieke, après avoir hésité
(“on ne va quand même pas l'appeler pour rien...”) qui nous
dit qu'elle se lève et prépare son matériel avant de venir
immédiatement chez nous. Elle dit aussi que Lien peut prendre un bain
si elle le veut. On saute sur l'occasion et Lien saute dans la baignoire. Il
est un peu plus de 2 heures. Lien ne donne pas l'impression d' “avoir
mal”. Au contraire, elle rigole et raconte encore des blagues entre les
contractions. “Les contractions, c'est comme une étape de montagne
en cyclisme : une fois qu'on a atteint le sommet, il suffit de se laisser aller
dans la descente...” Moi je fais de mon mieux pour appliquer ce qu'on
a appris chez Arielle, j'essaie de servir de GPS à Myarn pour qu'elle
trouve le chemin vers le monde extérieur. Une main dans le bas du dos
qui fait pression vers le bas, une autre sur l'intérieur de la cuisse
pour pincer et “attirer” Myarn vers l'extérieur. Et ça
à l'air de marcher, les contractions s'accélèrent, Lien
doit quitter le bain pendant quelques minutes pour le “grand nettoyage
interne” (et dire qu'à l'hopital les médecins prescrivent
un lavement de manière presque systématique...) et puis y replonge.
A ce moment, les contractions changent de nature, et Lien perd un peu son sourire.
Elle pense que ce n'est que le début de longues heures de contraction,
alors qu'en fait on est déjà presque à la fin. Il est 3h30,
je rappelle Mieke en quatrième vitesse, elle est déjà devant
la porte avec son matériel. On laisse la porte d'entrée entrouverte
pour Véronique, la deuxième sage-femme qui doit arriver, et Anton,
le copain photographe qui doit prendre des photos de la naissance. Mieke monte
dans la salle de bains et ausculte immédiatement Lien. Dilatation complète,
Myarn arrive. Tout s'accélère : en cinq minutes Mieke prépare
notre chambre et installe son matériel, fait chauffer de l'eau,... Pendant
ce temps les poussées se font de plus en plus fortes et j'accompagne
Lien comme je peux. Même si tout va beaucoup plus vite qu'on ne le pensait,
on garde (presque) toujours le sourire. Ce qui nous arrive est formidable et
pouvoir vivre ce moment à la maison est un rêve qui devient réalité.
Il est 3h40, Lien sort du bain et va s'installer sur le tabouret d'accouchement,
je m'installe derrière elle. Lien crie et crie encore pour accompagner
la poussée. Anton le photographe arrive au moment où la tête
de Myarn se fraie un chemin vers l'extérieur. Il se demande où
il débarque, lui qui pensait avoir le temps d'installer tranquillement
son matériel. La tête de Myarn est sortie, accompagnée par
un petit poing, et le reste suit immédiatement. Elle ne pleure pas (adieu
la légende qui dit que tous les bébés doivent pleurer à
la naissance). Elle lance un petit cri et commence immédiatement à
regarder autour d'elle. C'est Lien qui la “sort” de son ventre et
la pose immédiatement sur sa poitrine, Mieke ne fait qu'observer à
distance que tout va bien. Il est 3h57. Nous nous couchons immédiatement
tous les trois sur notre lit, placé juste derrière le tabouret
d'accouchement et faisons tranquillement connaissance avec notre fille, qui
cherche presque immédiatement le sein de sa mère. Personne pour
nous déranger, prendre notre fille pour la peser, la laver, l'habiller.
C'est comme si nous étions tous seuls dans notre cocon, même si
autour de nous Mieke, Véronique et Anton s'affairent.
Il s'écoule plus d'une demi-heure avant que nous sortions de notre petit
monde à trois. Le cordon a cessé de battre et je peux fièrement
le couper. Le placenta est également “né” entretemps.
Mieke propose à Lien de l'accompagner pour prendre une douche et se laver
pendant que je m'occupe de mesurer, peser et habiller Myarn avec Véronique
et sous l'objectif d'Anton.
Il est 5h passées. Nous nous couchons tous les trois dans notre grand
lit. Mieke, Véronique et Anton ferment la lumière et la porte
en partant. Bonne nuit les petits. Myarn dort déjà, Lien et moi
ne fermons pas l'oeil du reste de la nuit. Elle est tellement belle...
Nous avons énormément de reconnaissance et d'admiration pour Mieke, Inneke et Véronique, les trois sage-femmes qui nous ont accompagnés avant, pendant et après la naissance de Myarn. Elles représentent une somme énorme de courage, de tendresse et de compétence. Merci aussi à Arielle qui, d'une certaine manière, nous a montré la voie à suivre.
Fabien et Lien (papa et maman et Myarn, née le 11 décembre 2004)