Témoignage de Florence et Thomas (Alianore)
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30/12/2005Pour ce 2e accouchement, j'aimerais, si tout va bien, accoucher dans l'eau.
Pour Honorine, tout le travail a été fait dans la baignoire,
elle aurait pu sortir dans ce milieu. Pour des raisons de sécurité,
le service médical n'a pas voulu.
Un accouchement naturel se prépare.
Nous ne pouvons plus nous fier à notre instinct pour assurer la venue
d'un enfant dans un monde où l'enfantement a été pris
en charge par la médecine. La femme est aujourd'hui dépossédée
de cette merveilleuse étape entre les échographies, les différents
tests, les décisions prises lors de l'accouchement sans l'accord de
la personne concernée. La médecine décide pour la femme
sur la position qu'elle doit adopter pour accoucher, sur les actes médicaux
qui lui sont faits. La femme s'habitue à cette prise en charge et fait
de plus en plus confiance dans le corps médical en oubliant un peu qu'elle
est un être humain avec un pouvoir de décision et non un objet
entre les mains les spécialistes de la naissance.
Avec Honorine, j'avais une vague idée de ce que je voulais. Je n'avais
pas vraiment réfléchi au déroulement de sa naissance.
J'ai eu la chance d'avoir l'accouchement que je n'osais pas espérer.
Je ne voulais pas de péridurale. Les seuls témoignages que j'avais
reçus ne m'avaient pas convaincue de l'utilité de cette technique.
Cependant, je ne savais pas qu'il existait des méthodes pour faire avancer
le travail sans être allongé.
Pour prendre en charge cette naissance, j'ai envie de mettre en place un "projet
de naissance". Qu'est ce que c'est ? C'est un document qui reprend mes
desiderata pour un accouchement comme je le désire. Je suis responsable
de la venue au monde de cet enfant. Le service médical n'est là que
pour m'aider. J'ai des désirs, des volontés que j'aimerais voir
appliquer. Bien sûr ces désirs doivent être compris avec
le service médical. Ce n'est pas un travail à sens unique.
J'ai la chance de vivre près d'une maternité qui a compris l'importance
de la relation mère / enfant. Pour avoir discuté avec 2 sages-femmes,
j'ai compris l'importance à leurs yeux de cette conception. Mon projet
de naissance ne va pas trop à l'encontre de ce qui est déjà pratiqué à la
maternité.
Je ne sais pas me réveiller pour préparer Honorine. Je dors
jusque 10h00 puis je lis pour finir mon livre. Je descends à 13h00.
Il faut que je bouge. Demain, ils annoncent neige et verglas, nous allons faire
les courses pour le week end.
Au retour des courses, nous avons une petite conversation avec Thomas (Chut
!). Je décide ensuite de vider le petit lit de bébé de
nos vêtements (les restes de notre nouvel emménagement) et j'essaye
de ranger un peu. J'en perds mon courage. Mon ventre est très tendu.
Yoda bouge bien. Quand je suis debout, je ne ressens rien. Assise, Yoda me
pousse en haut du ventre. Je termine mes cartes 3D. J'adore ce type de bricolage.
J'ai un pressentiment. Ce soir, nous sommes calmes. Je téléphone à Mathilde,
ma belle-sœur, pour savoir si elle est prête à accueillir
Honorine cette nuit. Avec le temps qui s'annonce, ma belle-mère n'a
pas le courage (ce que je comprends) d'entreprendre la route pour garder la
puce. Je préviens Honorine et nous la mettons coucher plus tard que
d'habitude. Nous sommes dans l'attente.
Il est 20h00 - 20h30. Je suis sur le ballon pour me détendre. Cela
me soulage le bas du dos qui est fort tendu. Thomas me masse avec de l'huile
d'Arnica.. Je commence vraiment à ressentir des contractions toutes
les 10 mn.
Je me connecte sur Internet pour envoyer un message sur l'évolution
de la journée. J'y reste jusque 22h30 avec toujours des contractions
régulières toutes les 10 mn. Je me mets en pyjama, je n'ai pas
envie de me laver surtout si je vais prendre un bain ou une douche pour me
détendre tout à l'heure au plus fort des contractions. Nous montons
nous coucher. Je perds un peu la notion de l'heure. Je n'arrive pas à trouver
une position allongée, ni sur le coté, ni sur le dos pour faire
passer les contractions, ni à genoux, la tête sur l'oreiller.
Les contractions sont, à 23h15, toutes les 7-5 mn.
Je descends pour m'installer sur le ballon avec la musique d'ambiance "Sacred
Souls", lumières tamisées. Je suis à genoux, les
bras enlacent le ballon. Je me berce ainsi entre chaque contraction. Quand
elle arrive, j'essaye de me prolonger vers le sol mais la douleur est telle
que j'ai du mal. Mes pieds glissent. Je pense à ma respiration et à faire
des sons. Ca soulage quand j'arrive à la faire.
Thomas descend, il prépare les affaires à mettre dans la voiture.
Il me fait couler un bain. Je rentre dans l'eau, je pense vers 0h30. A ce moment,
j'ai 2-3 mn entre chaque contraction. Cela me semble rapide. Je reste dans
l'eau pendant 1/2 heure. Thomas me fait des prolongements. J'ai du mal à me
concentrer cette fois. Les contractions sont très fortes. Je ne me souvenais
pas de cette intensité pour Honorine.
A 1h00, je sors de l'eau quand je vois que j'ai une petite perte sanguine.
Je sens que je dois partir. Thomas sort la voiture. Je me couvre et nous allons
chercher Honorine dans son lit. Thomas me l'installe dans la voiture dans mes
bras. Ses yeux sont ouverts. Je lui explique que nous la déposons chez
sa marraine car bébé va bientôt arriver.
A 1h45, nous sommes enfin à la maternité. Avec le mouvement,
les contractions se sont espacées mais je les sens toujours passer.
A ce rythme, j'espère que le travail ne va pas durer longtemps. Nadine,
la sage-femme responsable cette nuit, vérifie mon col. Elle prend son
temps pour me dire à combien j'en suis. "Pas 3-4 cm sinon je hurle",
je me dis. Ouverture à 6 cm. Pour me rassurer, j'aurais mon bébé dans
les bras avant la fin de la nuit. Thomas leur rappèle que je veux un
accouchement dans l'eau. Elle me met le monito pour écouter le cœur
de bébé et nous laisse Thomas et moi.
A demi-allongée, j'ai du mal à faire mes prolongements sauf lorsque
je pousse mon pied sur la jambe de Thomas, là ça me fait du bien.
Il me rappèle aussi ma respiration que j'ai tendance à bloquer
sous l'effet de la contraction. Quand je respire, c'est vrai que c'est moins
douloureux. "Pense à respirer par le ventre, fais des sons pour
aider la douleur et accompagner bébé". Ces mots me font
du bien, m'aident aussi à ne pas paniquer.
Vers 2h00 (je crois), ouh là, j'ai envie de pousser. Non, ce n'est pas
possible ! C'est trop tôt pour moi. Vérification de Nadine, 8
cm. Ben si, bébé va bien arriver avant la nuit et plus tôt
qu'on ne le pensait. Tant mieux pour mes douleurs.
Tout s'enchaîne, Nadine et Isabelle font couler l'eau du bain. J'arrive
dans la salle "Eau".La baignoire n'est remplie qu'à moitié.
Je dois encore attendre un peu. Oui mais moi je veux pousser. Je ne sais pas
résister. Tant pis si bébé naît hors de l'eau. Je
m'appuie les bras tendus sur le bord de la baignoire, Thomas me prolonge via
mon sacrum. PLASH, une flaque d'eau. Les sages-femmes doivent déjà éponger.
La baignoire n'est pas encore bien remplie, Nadine me fait entrer dans l'eau.
J'installe mon bassin bien au fond et en avant, les pieds relevés sur
le bord. Les contractions se sont calmées, on dirait
(merci à Thomas pour son témoignage car à partir de là,
je perds un peu la notion des mouvements).
Ah ! Non, en voilà une. Attention, je pousse, mes mains sur mon périnée.
Je sens la tête. La 2e contraction passe inaperçue. Pour la 3e,
je perds un peu les pédales dans ma respiration et ma poussée.
Thomas me guide. Je pousse en écartant le périnée. La
tête sort. Stop, pas de poussée. Isabelle enlève deux tours
de cordon. Vite vite, la contraction arrive. Ca y est, j'ai le feu vert à nouveau.
Je pousse, le corps sort entièrement presque dans un FLOP. Bébé part
vers mes pieds. Isabelle lui donne un léger mouvement, il repart vers
moi. Il est blanc neigeux. C'est normal tant qu'il ne sort pas de l'eau.
Thomas et moi le prenons pour le sortir de l'eau et l'installer sur ma poitrine.
Perdus dans notre émotion et l'accueil de bébé, nous le
positionnons ventre contre ventre alors que nous devons le mettre sur le coté pour
qu'il puisse respirer librement. Il commence à rosir à sa première
respiration. La sage-femme l'entoure d'une serviette. L'eau se vide pour la
sortie du placenta. Il est 2h15 - 2h20. Le cordon n'est pas encore coupé.
Fille ou garçon ? Nous ne le savons pas encore
A 2h26, le placenta montre son nez, Thomas coupe le cordon. Alianore est née.
Thomas la prend dans ses bras pendant que je sors de la baignoire (encore un
truc à enjamber...) et m'installe sur la table pour recoudre une petite
déchirure et une éraillure. Je m'en doute, j'ai senti lorsque
j'ai poussé. Mon gynécologue, qui était de garde, vient
pour la suture. Il est méticuleux. Pendant ce temps, Alianore tête.
Qu'elle est belle ! Qu'elle est menue !
3h20, nous lui faisons ses premiers soins. Elle pèse 3,460 kg et mesure
49 cm. Un périmètre crânien de 35,5 cm. Thomas l'habille
pendant que je la regarde assise sur un tabouret.
3h40, nous sommes dans la chambre. Je n'ai pas trop envie de dormir. Je repense
encore à la rapidité de cet accouchement. Alianore tête à nouveau
jusque 4h30 à peu près. Puis elle s'endort. Thomas et moi discutons
sur cet accouchement. A rien près, elle naissait dans la voiture ou à la
maison.
Je n'ai donc eu que le début et la fin du travail. D'où l'intensité des
contractions. Je n'ai pas eu le temps de me mettre dans l'ambiance comme pour
Honorine. Cet accouchement était rapide mais qu'est qu'il était
beau.
Au fait, et le mystère du sexe ?
Quand nous avons pris bébé dans nos mains, nous ne pensions qu'à son
accueil, nous le rassurions de notre voix. Chose étrange, j'utilisais
les pronoms féminins pour lui parler quand Nadine qui notait les informations
de la naissance nous a demandé le sexe. Euh ! C'est vrai ça,
au fait. Je parle à bébé comme si c'était une
fille, je n'ai pas encore vérifié. Je soulève la serviette,
soulève les jambes. Rien de gros. C'est donc une fille. Non, pas possible,
je vérifie. Si si, Thomas me confirme. ALIANORE. Une 2e fille ! Vive
l'intuition !