Témoignage d'Aurélie et Quentin (Charline)
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Récit de la naissance de Charline à la maison
Avant d’entamer le récit de la naissance je voulais juste resituer le contexte.
Je suis tombée enceinte très rapidement après l’arrêt de ma pilule (au 2ème cycle).
J’ai vécu une grossesse de rêve sans aucun souci du début à la fin et j’en ai apprécié chaque moment. A tel point que la fin fut un peu nostalgique.
Dès le début de la grossesse, nous nous sommes interrogés sur la surmédicalisation de l’accouchement et avons cherché des alternatives.
Dans ce cheminement, nous avons participé à une réunion d’échange entre parents et futurs parents, au cours de laquelle l’animatrice a évoqué la possibilité d’accoucher à la maison.
Nous n’aurions jamais envisagé spontanément cette solution qui me semblait réservée à quelques originaux marginaux.
Après avoir obtenu réponse à toutes nos questions et après avoir rencontré des personnes compétentes et rassurantes, nous nous sommes lancés dans l’aventure, complètement séduits par ce projet.
Vendredi 28 avril. C’est aujourd’hui ma DPA comme on dit (date prévue de l’accouchement).
Je ne sens toujours rien qui s’annonce. J’ai rendez-vous chez la sage-femme à 17h30, on verra…
La matinée démarre par un passage douloureux aux toilettes. Et une hémorroïde supplémentaire !
Je passe la journée avec maman. Nous allons acheter des fleurs pour mes jardinières et nous les garnissons ensemble tout l’après-midi. Il fait magnifique !
Le monito chez la sage-femme ne montre rien de neuf. Bébé va bien et toujours pas la moindre contraction. Elle propose de m’examiner (toucher vaginal) pour voir où en est mon col. C’est la première fois depuis le début du suivi.
Le toucher est d’une extrême douceur ; incomparable avec les examens réalisés par ma gynéco, qui n’est pourtant pas des plus brusques !
Mon col est mince, quasi effacé et la tête du bébé est très basse.
Cela ne signifie en rien que la naissance est proche ou non. Simplement, ça veut dire que j’ « économiserai » quelques heures de travail puisque le col est déjà quasi effacé.
Nous reprenons rendez-vous pour le mardi suivant, soit à 40 semaines et demi.
Je rentre à la maison et explique cela à Quentin qui n’a qu’une idée en tête : terminer la salle de bains (lavabos, meuble, miroir…) et il s’y attelle depuis le début de l’après-midi.
Demain, c’est le mariage de Nicolas et Axelle. Je m’installe pour repasser ce que j’ai décidé de porter et, finalement, je repasse tout ce qui traîne (y compris les draps de lit, on ne sait jamais !!).
Pour finir, dans mon élan, je range, et la maison finit par être nickel.
Quentin, lui, s’installe enfin pour rédiger le discours qu’il lira au mariage.
Personnellement, j’angoisse à l’idée de devoir rester assise tout l’après-midi à ce dîner tellement j’ai mal au derrière !
Je prends un bain pendant ce temps et je me rase jambes et aisselles pour la ixième fois, et me manucure. Depuis que je suis à 37 semaines, j’essaie d’être toujours « impeccable », on ne sait jamais. Je me laverai les cheveux demain matin avant le mariage.
J’aide un peu Quentin pour le discours et nous allons nous coucher à 1h15… Réveil programmé à 8h…
A 3h30, je me réveille en sursaut avec la sensation que ma culotte se mouille.
Je me lève presto, pensant que je dormais si bien que j’ai commencé à faire pipi dans mon sommeil.
Je vais à la salle de bains et constate 2 petites taches humides et claires. Je fais pipi, je reviens dans la chambre, enfile une autre culotte qui se mouille avant que je n’aie le temps de regagner le lit.
Quentin me demande dans un demi sommeil si ça va (réveillé par le bruit des portes de la penderie) et je lui annonce que j’enfile une troisième culotte en 5 minutes. Je pense que je perds les eaux, en continu.
Un court instant, j’ai la tremblotte et me demande ce qui m’arrive mais rapidement, je reprends confiance.
Quentin réagit avec grand calme, se lève et me demande ce qu’il faut faire.
Il faut téléphoner à Evelyne (la sage-femme), ce qu’il fait directement.
Il lui décrit le liquide (clair) et dit que je n’ai pas de contraction. Elle nous suggère de terminer notre nuit. Le travail devrait se mettre en route dans les heures qui suivent.
Quentin se réjouit de se rendormir et m’invite à en faire autant.
A peine a-t-il raccroché le téléphone que je sens une douleur inconnue dans le bas du dos. Est-ce que ce serait ça une contraction ? Il est environ 4h00.
Quentin n’y croit pas parce que je n’ai pas l’air d’avoir assez mal d’après lui ! « Recouche-toi, on va attendre un peu »…
Rien à faire, ça me reprend régulièrement : le ventre durcit et cette douleur dans le dos.
Spontanément, j’adopte la respiration apprise en kiné prénatale.
Pendant ce temps, ça coule et ça coule non-stop. Je fais des allers-retours aux toilettes.
Les douleurs se font plus fortes et je m’accroupis parfois pour les supporter.
Jamais je ne lutte contre cette douleur, au contraire, je l’accepte.
Quentin arrive encore à me faire rire ; il trouve le moyen de revisser la clinche de la porte de la salle de bains pendant que je souffre !
Il me propose le ballon. Nous nous installons et appliquons consciencieusement les exercices d’haptonomie. Il accompagne la contraction d’une main dans mon dos et de l’autre, il étire l’intérieur de ma cuisse.
Ca fait du bien. Et surtout, ça fait du bien de le sentir près de moi.
Entre chaque contraction, nous profitons du répit, nous parlons de tout et de rien.
Il me semble que j’ai besoin de marcher. Nous descendons ; je déambule, Quentin se couche dans le canapé.
J’ai faim. Quentin me prépare un petit déjeuner que je mange au rythme des contractions.
Pendant ce temps, il me fait chauffer un « hot pack ». Il me semble que ça me soulagerait le dos.
Nous remontons et assistons, enlacés, au lever du soleil depuis la fenêtre de la salle de bains. Ca va être une belle journée.
Nous continuons à gérer la situation à deux entre le ballon et le lit.
Quentin essaie de compter le temps entre 2 contractions. Parfois 5 minutes, parfois 3. Ca me semble fort rapproché !
Il me propose un bain que j’accepte volontiers.
Je m’y installe sur le côté et l’effet est immédiat. Les contractions sont moins douloureuses et plus espacées. Du coup, j’ai peur que ça s’arrête et qu’il s’agisse d’un « faux travail ». Je n’avais pas envisagé cette possibilité depuis ce matin !
Voyant que ça allait mieux, Quentin descend déjeuner à son tour.
Quand il remonte, il est 8h15 et la sage-femme téléphone. Elle se réveille et nous demande où ça en est.
Quentin lui fait le topo et elle décide de commencer sa tournée par chez nous.
Finalement, loin de s’arrêter dans le bain, les contractions s’intensifient.
Je sors et me mets sur le lit, sur le côté droit.
Quelques contractions, plus fortes me font pleurer. Quentin reste actif à chacune d’elles. Il est très calme et rassurant.
A 9h15, Evelyne arrive. Elle m’embrasse. Sa seule présence est déjà apaisante !
Elle prend le relai de Quentin, en mettant sa main dans mon dos pour accompagner les contractions.
Pendant ce temps, Quentin amène le matériel dans la chambre. Je ne me rendrai compte qu’après la naissance de tout ce qu’il y avait !
Dès le retour de Quentin auprès de moi, Evelyne me propose de faire un toucher pour voir où en est le col.
Entre deux contractions, avec mon accord et avec toute la délicatesse que je lui connais, elle m’annonce que je suis à 5cm. On a bien travaillé d’après elle.
J’ai un moment d’hésitation entre « seulement » et « déjà ». C’est la moitié…
Sans doute, Evelyne le sent-elle et elle me dit que ce sont les centimètres les plus difficiles qui sont déjà faits.
Quentin lui demande si elle sait évaluer l’heure de la naissance d’après ça.
Si c’est comme dans les livres, dit-elle, la petite sera là avant midi.
Il est 9h30, je suis rassurée ; Quentin aussi.
Et les vagues s’enchaînent, continuant à ouvrir le passage pour notre bébé.
J’ai froid. Quentin me met la couette et le hot pack. Quelques minutes plus tard, j’ai chaud. Il va me chercher un gant de toilette frais et me le passe tendrement sur le visage et le cou.
Evelyne m’encourage à me laisser aller dans les sons si cela me soulage mais je ne le sens pas dans l’immédiat.
Même si j’essaie d’être détendue et d’accompagner les contractions de mon souffle, mon corps se raidit à chacune d’elles et Evelyne me rappelle de bien me détendre entre et de laisser tout mon corps reprendre contact avec le lit.
Ses conseils sont justes et arrivent chaque fois au bon moment pour m’aider.
Vers 10h00, heure à laquelle nous avions rendez-vous avec les mariés, Quentin prévient le marié puis sa maman, que nous ne pourrons être présents. Voilà toute la famille au courant. J’entends d’une oreille…
Jamais, pendant toute la durée du travail, je n’ai pensé ou réfléchi à quoi que ce soit. Je me suis abandonnée aux réactions de mon corps et j’ai lâché prise, comme on me l’avait si bien conseillé tout au long de la préparation. Je ne m’en croyais pas capable mais cela s’est fait tout seul en fait.
Je n’en peux plus de rester sur le côté droit. Je change pour le côté gauche.
Les contractions s’enchaînent, parfois 2 ou 3 d’affilée, sans répit. C’est dur. Je pense à mon bébé et essaie de la câliner de mon souffle pour l’encourager à nous rejoindre. Les sons commencent à s’échapper de moi sans que je puisse les contrôler.
A 11h, je sens que « ça pousse ». Les douleurs changent radicalement de nature. Je sens un poids en moi qui pousse, très difficile à décrire, pas très agréable.
J’entends de loin Evelyne qui rappelle la deuxième sage-femme pour lui demander où elle est. Elle allait sans doute passer ailleurs d’abord. Evelyne lui dit de venir chez nous maintenant.
Elle propose de vérifier que le col est bien ouvert avant que je ne commence à pousser. Un rapide toucher le confirme.
Quentin me demande s’il peut aller faire pipi. Je refuse qu’il m’abandonne une seconde. J’apprendrai par la suite qu’Evelyne lui a fait signe « non » de la tête car elle craignait que bébé n’arrive rapidement et que Quentin ne soit pas là.
Je me mets sur le dos.
A 11h15, Bénédicte arrive. Je suis ailleurs, je n’y prête pas attention. Elle s’installe discrètement à côté de moi et écoute le cœur du bébé rapidement. Tout va bien. Quentin va vite faire pipi !
Je ne contrôle plus rien. Des cris, qui deviennent progressivement des hurlements s’échappent de moi. Je pousse, ou plutôt, une force en moi pousse. Je suis lovée contre Quentin qui est assis sur le lit, à ma tête. A chaque poussée, je m’accroche à ses poignets de toutes mes forces. De mon autre main, j’accompagne mon bébé en poussant sur mon ventre vers le bas.
Evelyne et Bénédicte m’encouragent.
Je sens cette pesanteur qui descend dans mon vagin. Ca me semble durer longtemps.
Je cherche à me rassurer auprès d’Evelyne après un de ses encouragements en lui demandant si elle la voit… Pas encore…
Quentin me glisse à l’oreille que je fais ça très bien. Il me dit ensuite qu’il est très ému et qu’il a envie de pleurer, ce qu’il ne tarde pas à faire, jusqu’à la fin…
Soudain, Evelyne nous annonce qu’on voit ses cheveux et invite Quentin à aller voir.
Il m’encourage de plus belle et moi, je lui arrache les poignets de plus en plus fort !
Quelques poussées plus tard, Evelyne m’invite à sentir avec ma main. Je sens la tête de mon bébé, juste là, entre mes jambes, toute humide et molle. C’est merveilleux et douloureux en même temps.
Je pense que c’est la fin mais il me faudra encore patienter en réalité.
La tête fait plusieurs allers-retours. Je pense à chaque poussée que c’est la dernière. Elles sont de plus en plus violentes, de plus en plus douloureuses et j’ai l’impression que jamais elle ne pourra sortir.
Evelyne met de l’huile d’amande douce sur la tête du bébé et sur mon périnée. Elle me rassure sur l’élasticité des tissus et me dit que mon périnée est intact et peut encore s’étendre bien plus. Je tente de m’accommoder de cette nouvelle sensation d’étirement.
Je pousse, je pousse de toutes mes forces, et Quentin pousse avec moi et m’encourage malgré les sanglots d’émotion. Je meurs de chaud, je suis trempée.
Dans une sensation de brûlure intense et d’ouverture incroyable, je pousse une ultime fois. Evelyne invite rapidement Quentin à s’approcher pour accueillir sa fille.
Ca y est, la tête est sortie et très rapidement, tout le corps suit. Quentin prend la petite et me la pose sur le ventre. Elle pleure. Il est 11h45.
Quel soulagement. C’est instantané. La douleur disparaît.
Je n’y crois pas. Nous sommes enlacés et nous regardons, ébahis. Quentin est en larmes ; on s’embrasse…
Le cordon est un peu court et m’empêche de prendre notre bébé sur ma poitrine. Il ne bat plus. Evelyne le clampe et Quentin le coupe.
Je la prends maladroitement sur ma poitrine. Elle ne pleure plus, elle « raconte ».
Elle sent bon, elle est douce, elle est belle… C’est notre fille, Charline.
Quentin la prend quelques instants. Pendant ce temps, Evelyne me demande de pousser pour le placenta. Drôle de sensation de pousser sans en sentir le besoin. En deux poussées, il est dehors. Elle l’examine et nous explique. Tout y est.
Bénédicte vient habiller Charline près de moi avec les petits vêtements que j’avais sélectionnés depuis longtemps, soigneusement réchauffés.
Elle la pèse dans un hamac qui ne lui déplaît pas du tout. 3kg300. Le reste des soins et des mesures sera effectué demain.
Les sages-femmes nous laissent ensuite une bonne heure tous les trois.
Nous te regardons, petite puce. Nous t’embrassons, te sentons. C’est incroyable. Ton papa ennuie tes petits pieds, comme il le faisait quand tu étais dans mon ventre.
Je te propose le sein mais ça ne t’intéresse pas. Tu as les yeux grands ouverts et tu sembles nous observer. Ce n’est pas grave, nous ressaierons plus tard.
Evelyne et Bénédicte reviennent s’occuper un peu de moi puis s’en vont discrètement.
Nous prévenons nos parents. Ils passeront le jour-même ainsi que les mariés ! Ma maman apprend que j’ai accouché à la maison. Elle est surprise mais pas fâchée.
Ce n’est que vers 18h je pense, qu’en regardant Charline dans mes bras, j’ai senti les larmes me monter aux yeux. Nous avons un enfant… Quentin est près de moi ; on est bien tous les trois.
Après une courte nuit et une longue journée éprouvante, nous allons passer notre première nuit « en famille ». Quentin va enterrer le placenta dans le jardin puis vient se coucher contre moi.
Charline dort paisiblement dans son berceau à côté du lit.
Quelle aventure… et ce n’est que le début…