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Catégorie:

Les gestes médicaux


Le déclenchement artificiel du travail (induction)

Description:

Le déclenchement artificiel du travail consiste à agir, par des méthodes mécaniques et/ou hormonales afin de provoquer l’accouchement. Comme la réussite du déclenchement du travail est liée à l’état du col de l’utérus (mou, souple, effacé voir légèrement dilaté à « maturité ») au début de l’intervention (WHO), on procédera d’abord éventuellement à la « maturation » artificielle du col.

 

Maturation artificielle du col :

Il est possible d’utiliser une méthode mécanique (sonde de Foley, c’est–à-dire, un tube de caoutchouc souple muni à son extrémité d’un ballonnet gonflable que l’on introduit dans le col) ou hormonale (préparation de prostaglandine appliquée sur le col ou dans le vagin).

 

Méthode mécanique de déclenchement du travail :

C’est le décollement des membranes (la sage-femme ou le médecin glisse un doigt à l’intérieur du col, entre la membrane et la paroi de l’utérus) ou la rupture des membranes (voir fiche). Ces deux méthodes sont rarement utilisées seules.

 

Méthode hormonale de déclenchement du travail :

On injecte, par voie intraveineuse et de façon continue (généralement jusqu’à la naissance), de l’ocytocine synthétique dont on augmente progressivement la dose. Un monitoring continu ou très fréquent est alors nécessaire.

 

Pourquoi:

L’induction du travail est utilisée pour des raisons multiples : « dépassement » du terme (voir fiche « durée d’une grossesse), rupture spontanée des membranes sans mise en route spontanée du travail, bébé de poids important,  convenance, pathologie de grossesse (toxémie, hypertension,…),…

Risques et réflexions:

L’induction artificielle du travail est une intervention majeure qui comporte des risques :

-          multiplie par deux le risque de césarienne pour une primipare (premier bébé) (Goer H., 2002) ;

-          multiplie par 5 le risque de césarienne chez les femmes ayant déjà accouché par voie vaginale et dont le col n’est pas prêt (Peck, 2003);

-          la prostaglandine et l’ocytocine artificielles peuvent provoquer une hyper-stimulation utérine pouvant causer une souffrance fœtale (Goer H, 2002)

-          l’usage de l’ocytocine artificielle augmente les risques d’hémorragie postpartum et de jaunisse néonatale (Buchan PC, 1979 ; Chalmers et al., 1975 ; Gilbert L. et al., 1987 ; Orhue AAE, 1993 ; Singhi S et al., 1985)

-          risques liés à la rupture artificielle de la poche des eaux (voir fiche)

-          besoin accru d’autres interventions comportant eux-mêmes des risques : monitoring en continu, confinement au lit, péridurale (voir fiche) car le travail est généralement plus douloureux, …

-          risque accru de rupture utérine chez les femme ayant déjà subit une césarienne (Lydon-Rochelle M et al., 2001), le déclenchement médicamenteux est d’ailleurs considéré comme contre-indiqué dans ce cas.

 

Certaines indications médicales classiques ne semblent pas être validées par les recherches médicales récentes :

-          L’induction pour macrosomie supposée (= bébé de plus de 4,5 kg) n’apporte pas de bénéfice et augmente le risque de césarienne (Sanchez-Ramos et al., 2002) ;

-          Il n’y a pas de consensus sur les bénéfices de l’induction systématique à 41 semaines amhénorée (Menticoglou S and Hall P. , 2002) ;

-          L’induction systématique pour rupture de la poche des eaux sans mise en route du travail ne réduit pas le risque d’infection du nouveau-né par rapport à une attente vigilante (jusqu’à 4 jours). Elle semble cependant diminuer le risque d’infection maternelle (Hannah et al., 1996).

 

Le terme de 42 semaines amhénorée reste cependant une indication de déclenchement.

 

Les études sur les effets à long terme du déclenchement sur les bébés sont très rares. Une étude australienne (Glasson et al., 2004) a montré une augmentation du risque d’autisme. Une étude japonaise (Hattori R. et al., 1991) montre ce même risque parmi des enfants nés selon un protocole particulier (déclenchement, mère sous produits médicamenteux).

 

Il nous semble que l’on néglige très fréquemment les aspects psychologiques : le bébé est-il prêt à sortir ? la maman à le laisser aller vers la naissance ?

 

Le déclenchement devrait donc résulter d’un choix éclairé des parents en concertation avec leur gynécologue et ne pas dépendre de la procédure de tel hôpital. L’état du col est une donnée très importante pour la sécurité de cette intervention.

 

Enfin il existe quelques alternatives (à discuter avec sa sage-femme ou son médecin) pour favoriser le déclenchement du travail (voir Brabant, 2001): assurer le bon positionnement du bébé par des postures ou par l’ostéopathie, relations sexuelles, acupuncture, homéopathie, plantes, huiles essentielles, stimulation des mamelons, …

 

Quelques références:

-     Brabant I. Une naissance heureuse. 2001 Les éditions Saint-Martin, Montréal

-          Buchan PC. Pathogenesis of neonatal hyperbilirubineamia after induction of labor with oxytocin. Br Med J 1979;2:1255-7.

-          Chalmers I, Campbell H, and Turnbul AC. Use of oxytocin and incidence of neonatal jaundice. Br Med J 1975;2 : 116-8

-          Gilbert L., Porter W, and Brown VA. Postpartum haemorrhage: a continuing problem. Br J Obstet Gynaecol 1987;94:67-71

-          Glasson EJ et al Perinatal factors and the  development of autism: a population study Arch Gen Psychiatry; 2004 Jun;61(6):618-27

-          Goer H. Elective induction of labor. http://www.hencigoer.com/downloads.elective_induction.rtf

-          Hannah M E et al Induction of labor compared with expectant management for prelabor rupture of membranes at term. N Engl J Med 1996;334(16):1005-1010

-          Hattori R, et al Autistic and development disorders after general anaesthetic delivery. Lancet 1991; 337: 1357-1358 (letter)

-          Lydon-Rochelle M et al. Risk of uterine rupture during labor among women with a prior cesarean delivery. N Engl J Med 2001;345(1):3-8.

-          Menticoglou S, Hall P. Routine induction of labour at 41 weeks gestation : nonsensus consensus. Br J Obstet Gynaecol, 2002; 109: 485-91

-          Orhue AAE. A randomised trial of 45 minutes and 15 minutes incremental oxytocin infusion regimes for the induction of labour in women of high parity. Br J Obstet Gynaecol 1993; 100:126-9

-          Peck P. Preinduction cervical ripening significantly increases risk of cesarean. Medscape Medical News, 2003.

-          Sanchez-Ramos L et al Expectant management versus labor induction for suspected fetal macrosomia: a systematic review Obst And Gynecology November 2002;100:5-1

-          Singhi S et al. Iatrogenic neonatal and maternal hyponatraemia following oxytocin and aqueous glucose infusion during labor. Br J Obstet Gynaecol 1985;92:356-63

 

Expériences personnelles:

Pour ma première grossesse, j’ai dépassé la date prévue de l’accouchement pour me rapprocher vers les 42 semaines d’ amhénorée . Une surveillance rapprochée avait été prévue avec mon médecin durant ces 2 semaines « supplémentaires ». Une date a finalement été choisie pour déclencher l’accouchement. La situation n’était pas favorable : un col bien fermé. Ce déclenchement a été long, très long, mais nous avons été très bien respecté par l’équipe médicale : pas de précipitation inutile, une grande écoute.

Pour ma seconde grossesse, la situation s’est également reproduite. J’ai dépassé la date prévue, mais j’ai souhaité préparer mon corps par d’autres techniques : ostéopathie, homéopathie et remèdes naturels. A 42 SA, la naissance a été également déclenchée, mais sur un col favorable et ouvert de 5cm. Ce déclenchement n’a été que la petite étincelle qui manquait, et la naissance a été beaucoup plus rapide.

Enfin, pour ma troisième grossesse, je souhaitais connaître un démarrage spontané de l’accouchement. Mais, visiblement, mon corps était programmé pour des grossesses prolongées, car j’ai encore dépassé la date prévue. Mon bébé a finalement décidé de me faire le plus beau des cadeaux : choisir lui-même le jour de sa naissance. Le travail à commencé à 41 SA et 2 jours et mon bébé est né le lendemain.

Ce que je retiens de ces expériences, c’est avant tout le respect du temps, du temps de la grossesse et du temps de la naissance. Je ne regrette pas d’avoir attendu le plus longtemps possible avant de prévoir un déclenchement, même si les derniers jours sont les plus difficiles, ce sont mes bébés qui m’ont donné la force d’y parvenir. Merci à eux.