Conférence "apprivoiser la douleur de l'accouchement"
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Samedi 11 décembre 2004 à Louvain-la-Neuve
Si certaines femmes, au cours de leur grossesse, abordent le thème de la douleur avec sérénité, beaucoup d’autres se demandent comment elles traverseront ces puissantes sensations. Comment évolue la perception de la douleur au fur et à mesure du travail ? Quel est le rôle des hormones pendant l’accouchement et pourquoi est-il important de ne pas perturber leur sécrétion ? En quoi la douleur de l’accouchement se différentie-t-elle de la douleur ressentie lors d’une maladie, d’une blessure, d’un accident, … ? Comment notre société se positionne-t-elle par rapport à la douleur en général et celle de l’accouchement ? De quels moyens les professionnels de l’accouchement disposent-ils pour accompagner la femme en travail et l’aider à apprivoiser la douleur de l’accouchement ? Faut-il contrôler la douleur ou l’apprivoiser ? Dans quelles situations le recours à la péridurale est-il recommandé ? Lors de cette après-midi du 11 décembre, nous avons essayé, à travers des informations et des témoignages, de donner des pistes aux futurs parents afin de se préparer au mieux à la douleur du travail et de l’accouchement. Notre conférencière, Evelyne Mathieux, sage-femme, a abordé le thème de la douleur à la lumière de son expérience à l’hôpital et à la maison. Elle a parlé de la douleur du point de vue physiologique et des moyens dont disposent les parents et professionnels pour accompagner la femme face à la douleur du travail et de l’accouchement. Trois mères sont également venues témoigner :
Autres information sur la douleur : |
Quelques photos de l'assemblée
Le beau texte de conclusion écrit par Stéphanie
Les douleurs laissent des traces même si le temps les efface peu à peu. Une douleur de cœur, une douleur de l’âme restera vive très longtemps, beaucoup plus de temps qu’une blessure physique. Il y a de ces douleurs muettes qu’on ne pourra jamais dire. La maladie et les souffrances du corps, on les abandonnera plus facilement derrière soi…
Et la douleur d’une femme au bout du voyage ? Une femme au bout de sa plénitude, qui a porté la vie à l’abri de son corps ? Elle va donner le jour à son enfant, puis s’en séparer en quelque sorte, pour la première fois. Heureusement, on oublie la souffrance mais elle nous laisse comme une empreinte. C’est étrange. Douleur puissante d’une intensité incroyable, belle et enivrante aussi. C’est peut-être plus le souvenir d’émotions intenses qui m’habite encore aujourd’hui. Je vais tenter de vous raconter…
Comment pourrais-je nommer cette première douleur qui m’a étreint le corps et le cœur au bout d’une si longue attente, sinon en me souvenant de la joie intense que j’ai ressentie ? Mon enfant est là, tout prêt : bientôt, dans quelques heures, je pourrai enfin le tenir dans mes bras. Mais au prix de quel courage, de quels efforts, de quelle souffrance ? Quand on sait ce qu’une femme endure pour mettre au monde son bébé ! Tant de sentiments contradictoires qui se bousculent : la peur face à l’inconnu (même pour mon deuxième, c’était encore si neuf pour moi), l’excitation, la joie, etc.
Puis, passées ces premières heures où la douleur s’insinue petit à petit, d’abord irrégulière et légère, j’ai senti le besoin de m’isoler pour mieux l’apprivoiser.
La première fois, je m’étais complètement trompée. J’ai cru que je pouvais maîtriser cette force de la nature et être plus forte. Ce n’est pas possible. Je ne l’ai compris qu’après. On ne peut pas se battre contre cette douleur, car on y perdrait ses forces… Il faut entrer dedans et l’accepter, la prendre et l’accompagner. C’est ce qui m’a aidée. La meilleure comparaison que j’ai trouvée dans le livre d’Isabelle Brabant est la vague, toute petite au début qui vous emporte comme un petit bouchon, à chaque fois plus loin du rivage, à chaque fois plus haut : « Mais les vagues reviennent toujours au rivage ». C’est une phrase très importante. Il ne faut pas l’oublier. Elle aide à garder son calme et sa respiration malgré la tempête. Et même si la terre a complètement disparu à l’horizon et que les vagues déferlent les unes après les autres et vous malmènent, il faut penser au beau temps, au calme qui va revenir : « après la pluie, il y a toujours le beau temps ! » Peut-être a-t-on besoin de quitter sa rive pour accoster sur une autre, plus belle encore, où nous attend l’être aimé tant désiré.
Et ces dernières vagues si fortes d’intensité paraissent vous submerger et anéantir vos dernières forces. A moi, elles m’ont coupé le souffle. J’ai cru, l’espace d’un instant, que tout était fini. Alors j’ai oublié le reste : les enseignements, la respiration, les gens qui m’entouraient, et guidée par l’amour au fond de moi, je suis comme entrée en transe. J’ai vraiment dit oui à la douleur.
A ce moment-là, on touche à quelque chose de si fort et d’indicible. La naissance et la mort sont très proches. Les dernières douleurs m’ont fait penser à la mort. C’est peut-être cela qu’il faut savoir accepter : accepter n’est pas renoncer mais reconnaître nos faiblesses et notre humanité aussi. A travers cela, on découvrira la grandeur de nos ressources. Il n’y a plus que l’amour qui vous guide dans cette danse avec la douleur, l’amour qui vous aide à rester en vie pour l’autre, pour lui donner le meilleur… Pour cela, il faut sans doute mourir un peu. Devenir mère, c’est accepter de mourir un instant. C’est un passage. Quand on passe au-delà de cette mort, on laisse derrière soi tant de futilités et on est transformé…
En échange, on donne et on reçoit un merveilleux cadeau, le plus beau : la vie. Après, on comprend combien c’était important d’aller jusqu’au bout. On emporte avec soi quelque chose d’infiniment précieux. C’est une force pour l’avenir que seule la souffrance nous a permis de connaître. Désormais, plus rien ne sera comme avant. Il y aura cet enfant, mais aussi le savoir et la connaissance : la sagesse d’une mère qui a donné la vie au prix qu’elle seule connaît, car chaque histoire, parmi toutes celles des femmes qui ont accouché depuis la nuit des temps, est unique. La mienne n’est qu’un grain de sable que je laisse sur le rivage, là où la vague m’a déposée un jour.
J’ai juste envie, en conclusion, d’ajouter ceci : « N’ayons plus peur d’oser aller jusqu’au bout du voyage ».
Commentaire de l'un des 105 participants :
Nous avons assisté hier soir à la conférence
sur la gestion de la douleur à l'accouchement et nous avons été
RAVIS de cette conférence. Par cet e-mail,
nous tenions à vous remercier d'avoir organisé cette conférence.
Elle nous a permis de voir que la tolérance existait réellement,
que certains
personnes étaient ouvertes à des méthodes alternatives.
Grâce à la conférence, nous avons également établi
des contacts qui, nous le pensons,
nous seront très utiles. Un grand merci donc. A bientôt. Aline