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La violence liée à l'accouchement est-elle inéluctable ?

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Cette conférence organisée par Alter-NativeS le 19 juin à Louvain-la-Neuve a rassemblé 60 personnes autour de Brigitte Dohmen.

Brigitte Dohmen
Brigitte Dohmen est
psychologue et psychothérapeute

Compte-rendu de la conférence :

Il y a 20 ans, Frédéric Leboyer rêvait d’améliorer les conditions de naissance « Pour une naissance sans violence ». Ce rêve s’est-il réalisé ? Est-il même réalisable ?… Brigitte Dohmen, psychologue et psychothérapeute, accompagnatrice de couples en Préparation Affective à la Naissance depuis 20 ans, nous aide à faire le point sur les violences liées à la naissance et nous donne des pistes pour les comprendre, mieux les vivre et/ou les éviter…

Lorsque l’on parle de violences dans le cadre de la naissance, on donne vite l’impression de troubler le joli tableau que l’on souhaite associer à ce moment unique. Une naissance, c’est magnifique, nous sommes tous bien d’accord. Mais il est un fait que ce moment intense amène avec lui des « violences » au sens physique, mais également au sens psychologique du terme. Le terme de Violence sera donc pris ici au sens large de ce qui est impérieux, blessant, non maîtrisé, ou qui nous bouleverse… Certaines violences sont inhérentes à la naissance et l’on peut se poser la question de leur utilité, de leurs raisons profondes,… D’autres sont ajoutées inutilement, voir destructrices et l’on pourra se demander comment les éviter, les minimiser…

Notre but n’est pas d’effrayer mais de construire. Nous avons en effet toujours un levier d’action, qui peut aller de travailler la manière dont on « recevra » une chose dans son propre vécu à celui de refuser fermement une chose qui déplaît.

Parcourons ensemble quelques-unes de ces violences et réfléchissons à la façon de tendre vers un mieux…

Quelques violences inhérentes à la naissance :

Il faut d’abord prendre conscience que les violences touchent chacun des protagonistes : le bébé, la maman, le père, chacun ressentira des violences spécifiques. Enceinte, la femme est valorisée, vis un corps à corps unique avec son bébé; après la naissance ; c’est le bébé qui est valorisé, et la femme, fragilisée, reléguée au second rôle, doit aussi accepter que SON bébé devienne un être social. Ceci n’est pas évident, il est important que son entourage comprenne ce sentiment et l’entoure d’affection…

Le travail de l’accouchement est violent au niveau des sensations, des émotions, c’est une véritable tempête qui se vit là. La femme se découvre sauvage dans son instinct animal, puissante aussi. Cela ne se fait pas toujours sans choc émotionnel et physique, elle ne rentre plus dans le schéma de la femme « bien comme il faut » que valorise notre société. Son mari aussi aura peut être ce choc, nier ce fait peut-être de mauvaise augure pour leur vie par la suite.

Actuellement, la tendance de notre société est d’éviter, de nier ou de supprimer le ressenti physique et psychologique de la femme en travail. On banalise cet événement crucial dans un « on s’occupe de tout, avec une péri, vous ne sentirez rien ». Mais reconnaître et peut être accepter les sentiments, sensations et même les violences permet à la mère d’accepter la différenciation avec son bébé, de se confronter aux angoisses archaïques, de passer le cap de vie qui se joue là. Elle ne sera plus jamais la même qu’« avant ». Trouver en soi le courage de passer cette étape par ses propres forces valorise extrêmement la femme, augmente sa puissance personnelle pour le reste de sa vie. C’est un choix qu’on doit lui laisser poser. On ne peut pas lui imposer une « déconnection de sa réalité ».

Le père est traversé par la puissance de ce qui se passe, il rêve de remplir son rôle de protecteur mais on le confine souvent dans un rôle d’observateur passif impuissant qui le met mal à l’aise. Lui donner au départ des « techniques », des informations, écouter son ressenti, par exemple lors d’une préparation à la naissance, lui permettrait sans doute de se sentir plus impliqué et de trouver une place juste.

C’est principalement pour le bébé, que Leboyer prônait le slogan « sans violence ». Mais celui-ci est dans la même tornade que sa mère. Il y a sans doute souffrance. Celle-ci est peu reconnue car cela nous serait intolérable de le reconnaître. On peut aider son bébé en se connectant pleinement à lui pendant l’accouchement, car c’est sans doute un moment où il doit se sentir bien seul. Il est important de le rassurer et d’être avec lui par le geste, la parole, même la pensée. .. De nombreux scientifiques et psychologues se sont penchés sur la mémoire pré-natale des bébés. Parfois, après une naissance difficile, une séance de « rebirth », de re-naissance permet à la famille de « tourner la page » en ayant pu exprimer et comprendre le ressenti de chacun, en s’étant fait consoler... Les bébés qui pleurent beaucoup sont particulièrement concernés. Le positif dans cette tempête, c’est que l’enfant perçoit également ses forces propres et se prépare à la vie extérieure…

Les violences surajoutées que l’on pourrait améliorer :

Le discours médical tend souvent à dire à la femme que c’est le médecin qui est compétent pour cette naissance. Discours sous-jacent : « pas elle ». On lui demande de taire ou de nier son instinct et ses peurs. Le déroulement des opérations est souvent organisé en fonction du risque de pathologie (ne pas boire…) et du confort du médecin (position sur le dos pour bien voir, ne pas bouger, péridurale, rythme du déroulement des étapes,…). Il serait bon de laisser plus de place à la physiologie. Il est prouvé que le travail se déroule mieux si une femme peut adopter la position dans laquelle elle se sent bien, et en changer quand elle le souhaite, s’entourer d’un accompagnant familier qui la rassurent dans l’univers « clinique » impersonnel… Il est fréquent également de pratiquer « par confort », pour aller plus vite et non par urgence absolue des gestes banalisés comme une épisiotomie, l’accélération artificielle des contractions et d’autres gestes techniques. Ceux-ci ne sont jamais anodins mais ressentis comme violences par la femme. On peut d’ailleurs s’étonner des statistiques de l’épisiotomie, de leur nombre important, mais surtout de la disparité des pourcentages en fonction des praticiens…

La société met elle aussi son poids dans la balance. Le père se doit maintenant socialement d’assister à la naissance. On attend de lui qu’il porte la femme pendant le travail. Mais lui, quel est son vécu…

Le bébé est également malmené, déclenchement programmé, accélération artificielle du travail, expulsion accélérée chimiquement dans une position non physiologique qui lui complique son cheminement… Qui lui dit à ce bébé « courage, on est avec toi » ? Qui lui laisse mener le jeu à son rythme à lui et à celui de sa mère ? Après tout, c’est bien lui qui, lorsque l’on respecte la nature, déclenche l’accouchement…

Posez-vous même les bases de votre projet de naissance en réfléchissant à tout cela et en en parlant avec le personnel médical qui vous accompagne. Ditez-leur de ce qui vous correspond et de ce qui vous heurte. C’est dans le dialogue que se construisent les plus beaux cheminements vers une naissance avec le moins de violence possible. Valoriser plus de douceur dans la naissance amènera sans nul doute à un monde plus serein…

Brigitte Dohmen :

Psychologue et psychothérapeute psychanalytique, co-fondatrice de l’Ecole Belge de psychothérapie psychanalytique à médiations, Brigitte Dohmen est une des pionnières du travail psychologique en maternité et en néonatologie.

Elle accompagne depuis 20 ans des couples en préparation affective à la naissance et enseigne cette approche aux professionnels en Belgique et à l’étranger.

Elle est également co-auteur, avec Corinne Gere (gynécologue) et Christiane Mispelaere (sage-femme) du livre " Trois fées pour un plaidoyer ou l’Eloge d’une naissance amoureuse et consciente " paru aux Editions Amyris.


Commentaires des participants

"Merci pour l'invitation. En effet, Brigitte Dohmen est une femme remarquable que nous avons connue, il y a plus de huit ans lors de ma première grossesse. Elle nous a fait entrer dans un monde insoupçonné de contact avec le bebé. Nous avons vécu une naissance toute en sérénité, même en décidant de changer de gynéco et de maternité le jour même de cette première naissance ! Le bébé étant en retard, on voulait à tout prix provoquer l'accouchement, ce avec quoi nous ne nous sentions pas d'accord. Grâce à Brigitte, nous avons trouvé les personnes compétentes pour nous accompagner au pied levé et tout en harmonie avec ce que nous voulions vivre. Depuis, il y a eu trois autres naissances et si Marie-Mathilde, notre ainée, est née 5 jours au-delà du terme théorique, les autres ont fait mieux : Thomas 11 jours, Camille 14 jours et Anne-Louise 12. Brigitte a été une personne importante sur notre parcours, tout comme Michèle Roels que nous avons rencontrée grâce à elle. Encore un merci à Brigitte." Désirée et Jean-Philippe