L'accouchement à domicile vu par un Papa

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Témoignage de Cédric dont l'enfant est né en 2001

Notre projet.

Nous avions depuis longtemps le projet d'accoucher à la maison. Le fait que Marie-Claire est accoucheuse de formation n'y est sans doute pas pour rien, mais nous voulions surtout pouvoir rester maîtres de nos mouvements et vivre l'accouchement le plus naturellement possible.

Le suivi.

Notre gynéco.
Dès la confirmation de la grossesse, nous avons discuté avec notre gynéco de l'accouchement à domicile. Lui ne l'aurait pas fait pour une première grossesse, mais il respectait notre choix. Nous avons donc convenu avec lui de le consulter en alternance avec une accoucheuse libérale.

Evelyne.
Lors de notre première rencontre avec Evelyne, il était clair que notre projet ne pourrait se réaliser que si aucune cause d'exclusion ne se présentait en cours de grossesse, et ce fut heureusement le cas.

Les jours précédant l'accouchement.

L'accouchement était prévu pour le 20-22 août 2001, mais déjà vers le 10 août, le col de l'utérus était légèrement ouvert, laissant présager un travail facile, selon les dires du gynécologue.

Ce jour-là.

Le matin du 19 août, Marie-Claire se réveille vers 06 h 30 avec quelques douleurs. Vers 07 h 30, les contractions se succèdent au rythme d'une toutes les 05 minutes et nous décidons d'appeler Evelyne. Au téléphone, elle nous demande si c'est urgent et, en toute bonne foi, Marie-Claire lui répond qu'elle a sûrement bien le temps, puisqu'il s'agit d'un premier bébé, et que son travail durera probablement dans les huit heures.

Après avoir raccroché, nous descendons dans la cuisine et, très vite, les contractions augmentent en intensité. Le seul soulagement de Marie-Claire est un massage dans le bas du dos, que je tente de lui procurer du mieux que je peux. Entre les contractions, seulement quelques secondes de répit (et en tout cas pas assez pour prendre le téléphone et demander de l'aide à certaines personnes bienveillantes qui s'étaient proposées pour assurer l'intendance).
Vers 09 heures, Evelyne arrive et voit Marie-Claire affalée sur la table de la cuisine. Avec discrétion et efficacité, elle débarque les quatre caisses contenant son matériel, puis propose à mon épouse de monter dans la chambre pour l'examiner. Il faut dix minutes (et trois bonnes contractions) à Marie-Claire pour atteindre la pièce que nous avions préparée pour l'occasion.

Evelyne installe une chaise d'accouchement (sorte de siège en demi-lune). Marie-Claire y prend place en face de moi et passe ses bras autour de mon cou. Mais cette position ne facilite pas l'examen d'Evelyne, ou plutôt, celle-ci n'en croit pas ses doigts : la dilatation serait-elle déjà complète ? Dans le doute, elle propose à Marie-Claire de se coucher sur le matelas pour s'assurer de l'avancement du travail et, au grand soulagement de Marie-Claire, lui confirme le résultat.

Mais Marie-Claire n'aura plus le courage de se relever. Couchée sur le côté gauche, moi assis par terre, à côté du matelas, les contractions se font moins douloureuses, mais pas moins efficaces. Pour le massage, Evelyne et moi nous relayons, et l'huile essentielle utilisée soulage la peau du dos de Marie-Claire, rougie par les frottements que je lui ai infligés pendant plus d'une heure. Entre deux massages, Evelyne installe au fur et à mesure de l'avancement du travail le matériel dont elle pourrait avoir besoin. Ainsi, je la vois successivement préparer la bouteille à oxygène, puis venir avec le petit monitoring écouter battre le cœur de bébé, puis remplacer l'oxygène par la balance, et tout ça sans jamais perdre le contact avec Marie-Claire.

Soudain, le sommet de la tête apparaît. Evelyne me propose de la toucher, mais je ne me sens pas prêt à commettre ce sacrilège. À la fin de la contraction, la tête se réfugie à nouveau, semblant confirmer mes pensées. Quelques contractions plus tard, comme elle ne veut plus retourner d'où elle vient, je me risque à la caresser. Premier contact avec notre bébé. Marie-Claire souffre. Il lui semble que jamais elle ne pourra s'ouvrir plus, que la tête doit déjà être passée, mais non : il lui reste encore du chemin à parcourir. Puis, après une contraction plus douloureuse encore, la tête sort complètement, enfin. Marie-Claire croit que le plus dur est passé, mais il reste encore les épaules… qui suivent, aidées par la poussée suivante.

Et bébé est là. Le cordon ne bat déjà plus. Evelyne me propose de le couper, ce que je fais. C'est à cet instant qu'arrive Michèle, la deuxième sage-femme, prévenue par Evelyne dès que la dilatation complète s'était confirmée. Evelyne prend le bébé et le pose sur le ventre de Marie-Claire. Je me déplace pour m'allonger près d'eux. Les deux accoucheuses s'éclipsent pour nous laisser profiter de ces moments indescriptibles.

Un quart d'heure plus tard, elles reviennent avec une question aux lèvres : " Alors, qui c'est, ce bébé ? ". Et nous constatons que … nous ne savons pas encore. Puis, à tâtons, nous découvrons notre petite Céline.